« One Battle After Another » : Paul Thomas Anderson face au fracas du monde

Films / Publié le 16 janvier 2026 par Guillaume
Temps de lecture : 8 minutes

En résumé

Cette critique analyse One Battle After Another (2025) comme une œuvre centrale dans la filmographie de Paul Thomas Anderson. Le film adopte une narration fragmentée et un rythme volontairement étiré pour explorer l’idée de conflits permanents, qu’ils soient personnels, sociaux ou idéologiques. Porté par une mise en scène épurée, une photographie réaliste et des performances tout en retenue, le long métrage privilégie l’observation à la démonstration. Exigeant et parfois aride, le film divise critique et public, mais s’impose comme un geste de cinéma fort, à contre-courant du cinéma industriel contemporain.

Un titre comme une promesse de lutte

Il suffit parfois d’un titre pour installer une attente. One Battle After Another sonne comme une phrase arrachée à un journal de guerre, un constat épuisé autant qu’un manifeste. En 2025, ce long métrage marque le retour très attendu de Paul Thomas Anderson, cinéaste rare, dont chaque nouveau film est désormais scruté comme un événement en soi. À l’heure où le cinéma américain oscille entre franchises rassurantes et œuvres indépendantes fragilisées, Anderson continue de tracer une voie singulière, exigeante, souvent déroutante.

Annoncé depuis plusieurs années, entouré d’un certain mystère dans sa phase de développement, One Battle After Another s’inscrit dans une carrière où chaque film semble dialoguer avec le précédent sans jamais se répéter. L’attente est d’autant plus forte que les informations officielles ont longtemps été distillées au compte-gouttes, renforçant l’idée d’un projet ambitieux, potentiellement politique, et profondément ancré dans son époque.

De quoi parle One Battle After Another ?

À la date de sortie du film en 2025, le synopsis officiel reste volontairement elliptique. One Battle After Another s’articule autour de personnages confrontés à une succession de conflits — intimes, sociaux et idéologiques — dans une Amérique contemporaine sous tension. Le film ne raconte pas une seule guerre, mais une accumulation d’affrontements : des luttes individuelles qui s’additionnent pour dessiner le portrait d’un pays fatigué par ses propres contradictions.

Paul Thomas Anderson privilégie ici, comme souvent, une narration fragmentée, construite autour de trajectoires humaines qui se croisent sans forcément se résoudre. Le film avance par blocs, par scènes parfois autonomes, refusant le confort d’un récit linéaire classique. Cette approche narrative, déjà présente dans Magnolia ou Inherent Vice, invite le spectateur à recomposer lui-même le sens global de l’œuvre.

Un projet sous haute surveillance : genèse et contexte de production

One Battle After Another est écrit et réalisé par Paul Thomas Anderson, qui signe également la production aux côtés de partenaires réguliers. Le film est distribué par un grand studio américain, tout en conservant une liberté artistique inhabituelle à cette échelle — un privilège rare, fruit de la réputation et du statut du cinéaste.

Le tournage s’est déroulé principalement aux États-Unis, dans des décors naturels et urbains, fidèles à l’esthétique réaliste et incarnée chère à Anderson. Peu d’informations officielles ont filtré durant la production, le réalisateur ayant toujours cultivé une relation distante avec la promotion traditionnelle. Cette discrétion a nourri autant la curiosité que les spéculations autour du film.

Paul Thomas Anderson : un auteur face à l’époque

Depuis Boogie Nights, Paul Thomas Anderson n’a cessé d’interroger l’Amérique à travers ses marges, ses excès et ses silences. One Battle After Another s’inscrit clairement dans cette continuité. Le film semble prolonger les questionnements amorcés dans There Will Be Blood, The Master ou Licorice Pizza : la violence des rapports humains, l’héritage idéologique, et la difficulté à exister dans un monde structuré par des forces qui dépassent l’individu.

Ici, Anderson abandonne toute nostalgie apparente pour affronter un présent plus frontal. La caméra observe, parfois à distance, parfois au plus près des corps, sans jamais imposer de jugement explicite. C’est au spectateur de lire entre les lignes, de relier les conflits visibles aux tensions souterraines.

Mise en scène : la précision plutôt que le spectaculaire

Visuellement, One Battle After Another se distingue par une mise en scène volontairement dépouillée. Anderson privilégie les plans longs, les mouvements de caméra discrets, et une composition rigoureuse de l’image. Il n’y a ici ni effets ostentatoires, ni démonstration technique gratuite. Chaque plan semble pensé pour servir le récit et la psychologie des personnages.

La photographie, signée par un collaborateur fidèle du réalisateur (information confirmée par les crédits officiels), joue sur des contrastes naturels, une lumière souvent crue, parfois presque documentaire. Cette approche renforce l’impression d’un cinéma ancré dans le réel, qui refuse l’embellissement au profit de la vérité émotionnelle.

Scénario et structure narrative : l’art de la fragmentation

Le scénario de One Battle After Another repose sur une construction éclatée. Anderson ne cherche pas à offrir une intrigue centrale facile à résumer, mais plutôt un réseau de situations et de conflits qui se répondent. Cette structure peut désarçonner, notamment pour un public habitué à des récits plus balisés.

Pourtant, cette fragmentation fait sens. Elle reflète un monde où les luttes ne se succèdent pas proprement, mais s’empilent, se chevauchent, laissant peu de répit aux individus. Le film avance ainsi par accumulation, chaque “bataille” laissant des traces visibles sur les personnages.

Un casting au service de l’incarnation

Le casting réunit plusieurs acteurs confirmés du cinéma américain contemporain, dont certains collaborent pour la première fois avec Paul Thomas Anderson. Les performances sont marquées par une retenue notable. Ici, pas de démonstration outrancière : les acteurs jouent dans les silences, les regards, les gestes avortés.

Anderson excelle dans la direction d’acteurs, et One Battle After Another en est une nouvelle démonstration. Chaque personnage semble habité par un passé qui affleure sans jamais être totalement exposé. Cette économie de dialogue renforce l’intensité dramatique et laisse au spectateur le soin de combler les vides.

Rythme et montage : une temporalité exigeante

Avec une durée conséquente — dans la lignée des précédents films du réalisateur — One Battle After Another impose son propre rythme. Le montage refuse la précipitation, laissant les scènes s’installer, parfois au risque de l’inconfort. Anderson fait le choix d’une temporalité étirée, fidèle à sa vision du cinéma comme expérience immersive.

Ce parti pris peut rebuter une partie du public, mais il participe pleinement à la cohérence de l’ensemble. Le film ne cherche pas à séduire par la vitesse, mais à provoquer une forme d’attention prolongée, presque méditative.

Musique et bande sonore : la discrétion expressive

La musique occupe une place mesurée dans One Battle After Another. Anderson, connu pour son usage précis des bandes originales, opte ici pour une approche plus discrète. Les compositions accompagnent les images sans les surligner, laissant souvent le silence jouer un rôle central.

Cette retenue sonore accentue la tension latente du film. Chaque bruit, chaque respiration devient significatif, participant à une atmosphère lourde, parfois oppressante, mais toujours maîtrisée.

Thèmes centraux : conflits, héritages et épuisement

One Battle After Another explore frontalement la notion de conflit permanent. Le film interroge ce que signifie vivre dans un monde où les batailles ne se terminent jamais vraiment, où chaque victoire est aussitôt suivie d’un nouvel affrontement.

Anderson aborde également la question de l’héritage — familial, idéologique, culturel — et la difficulté de s’en affranchir. Les personnages semblent prisonniers de schémas qui les dépassent, condamnés à répéter des luttes qu’ils n’ont pas choisies.

Réception critique et réactions du public

À sa sortie, One Battle After Another a suscité des réactions contrastées. Une partie de la critique salue l’ambition du film, sa rigueur formelle et sa profondeur thématique, y voyant une œuvre majeure dans la filmographie d’Anderson. D’autres pointent une certaine aridité, un film jugé exigeant, parfois hermétique, et peu conciliant avec les attentes du grand public.

Le public, de son côté, se divise nettement. Les admirateurs du cinéaste retrouvent ce qui fait la singularité de son cinéma, tandis que les spectateurs moins familiers peuvent rester à distance, déroutés par la narration et le rythme.

Paul Thomas Anderson aujourd’hui : un cinéma à contre-courant

Avec One Battle After Another, Paul Thomas Anderson confirme sa position d’auteur à part dans le paysage hollywoodien. À l’heure où le cinéma mainstream privilégie la répétition et la franchise, il persiste à proposer des œuvres personnelles, parfois inconfortables, mais toujours sincères.

Ce film ne cherche pas à plaire à tout prix. Il s’adresse à un public prêt à accepter l’effort, la durée, l’ambiguïté. En cela, il s’inscrit dans une tradition de cinéma adulte, de plus en plus rare dans les circuits de distribution classiques.

Un film marquant, mais exigeant

One Battle After Another n’est pas un film facile, ni immédiatement séduisant. C’est une œuvre dense, parfois austère, qui demande au spectateur de s’impliquer pleinement. Paul Thomas Anderson y poursuit son exploration des fractures américaines avec une rigueur impressionnante, au risque de perdre une partie de son audience.

Pour ceux qui acceptent ses règles, le film offre une expérience riche, profonde, et profondément contemporaine. Pour les autres, il pourra apparaître comme un objet froid, distant, presque impénétrable. Une chose est certaine : One Battle After Another ne laisse pas indifférent. Et à une époque saturée de films interchangeables, c’est déjà une victoire en soi.

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Guillaume

Je suis Guillaume, critique de films passionné dont les analyses incisives et captivantes enrichissent le monde du cinéma. Avec un flair pour déceler les subtilités artistiques, je partage mes réflexions à travers des critiques percutantes et réfléchies. Mon expertise, alliée à une plume élégante, fait de moi une voix influente dans l'univers cinématographique.

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