
En résumé
Wicked : pour de bon conclut l’adaptation cinématographique de la célèbre comédie musicale de Broadway sous la direction de Jon M. Chu. Plus sombre et politique que le premier volet, le film explore la fracture entre Elphaba et Glinda, la manipulation du pouvoir et la fabrication des figures héroïques. Cynthia Erivo livre une performance tragique et intense, tandis qu’Ariana Grande dévoile une Glinda tiraillée entre image publique et conscience morale. La mise en scène privilégie la densité émotionnelle à la flamboyance. Verdict : une conclusion ambitieuse, parfois inégale, mais fidèle à l’esprit subversif de Wicked et marquante dans le paysage du cinéma musical contemporain.
Avec Wicked : pour de bon, Jon M. Chu conclut l’ambitieuse adaptation cinématographique de l’une des comédies musicales les plus influentes de Broadway. Second volet d’un diptyque pensé dès l’origine comme un récit scindé, le film ne se contente pas de prolonger l’histoire : il la radicalise. Là où la première partie posait les bases émotionnelles et politiques du mythe, cette conclusion assume pleinement sa dimension tragique, idéologique et profondément humaine. Plus sombre, plus politique, parfois moins spectaculaire mais plus dense, Wicked : pour de bon interroge la fabrication des récits, la manipulation du pouvoir et le prix réel de la bonté dans un monde qui simplifie tout.
Wicked : pour de bon, une suite pensée comme un aboutissement
Wicked : pour de bon est la seconde partie de l’adaptation cinéma de Wicked, la comédie musicale créée en 2003 à Broadway, avec musique et paroles de Stephen Schwartz et livret de Winnie Holzman, elle-même inspirée du roman de Gregory Maguire. Réalisé par Jon M. Chu, le film poursuit directement les événements du premier volet, sorti en 2024.
L’intrigue reprend après la fracture irréversible entre Elphaba et Glinda. Désormais considérée comme une ennemie publique, Elphaba vit dans la clandestinité tandis que Glinda devient le visage officiel de la “bonté” d’Oz, instrumentalisée par le pouvoir en place. Ce basculement narratif transforme l’univers chatoyant de la première partie en un territoire plus âpre, où la magie n’est plus synonyme d’émerveillement mais d’oppression.
De Broadway à Hollywood : l’héritage d’un mythe revisité
Depuis sa création, Wicked s’est imposé comme une œuvre charnière du théâtre musical moderne. En revisitant Le Magicien d’Oz du point de vue de la future Méchante Sorcière de l’Ouest, l’œuvre a proposé une lecture politique et émotionnelle d’un mythe populaire, mettant en question la notion même de mal absolu.
Le passage au cinéma représentait un défi considérable. Jon M. Chu a fait le choix audacieux de scinder l’histoire en deux films afin de respecter la progression émotionnelle et thématique de l’œuvre originale. Wicked : pour de bon correspond ainsi à la partie la plus délicate du récit : celle où les idéaux se confrontent à la réalité du pouvoir, et où l’amitié devient une ligne de fracture.
Jon M. Chu, architecte d’un musical politique
Connu pour Crazy Rich Asians et In the Heights, Jon M. Chu s’est imposé comme l’un des rares réalisateurs hollywoodiens capables de conjuguer spectacle populaire et sensibilité sociale. Avec Wicked, il s’attaque à un matériau mythologique, mais refuse toute lecture naïve.
Dans Wicked : pour de bon, sa mise en scène se fait plus resserrée, moins démonstrative que dans la première partie. Les grands numéros laissent davantage de place aux silences, aux regards et aux espaces clos. Chu filme Oz non plus comme un royaume féérique, mais comme un État autoritaire obsédé par le contrôle de son image. Ce choix donne au film une tonalité plus adulte, parfois déroutante pour les amateurs de comédie musicale classique, mais cohérente avec le propos.
Une intrigue dominée par la fracture morale
Narrativement, Wicked : pour de bon épouse une structure tragique. Elphaba, désormais figure dissidente, tente de révéler la vérité sur le Magicien d’Oz et la persécution des Animaux parlants. Glinda, quant à elle, est prise au piège d’un rôle public qu’elle n’a pas totalement choisi mais qu’elle assume par peur de tout perdre.
Le film explore avec finesse la manière dont les régimes construisent des figures héroïques et diabolisent leurs opposants. Elphaba devient un symbole de peur, tandis que Glinda incarne une bonté performative, vidée de sa substance morale. La force du récit tient à son refus de trancher simplement : aucune des deux n’est entièrement coupable ni totalement innocente.
Elphaba et Glinda : deux visions irréconciliables du monde
Au cœur du film demeure la relation entre Elphaba et Glinda. Wicked : pour de bon ne cherche pas à réconcilier artificiellement ses héroïnes. Il accepte que certaines amitiés ne survivent pas aux choix fondamentaux.
Elphaba incarne la fidélité à ses convictions, quitte à devenir une paria. Glinda représente l’adaptation, la compromission parfois inconsciente, motivée par le désir de protéger ce qui peut encore l’être. Le film pose une question inconfortable : vaut-il mieux agir depuis l’intérieur d’un système corrompu ou le combattre frontalement au risque de tout perdre ?
Cynthia Erivo, l’âme tragique du film
Cynthia Erivo livre dans Wicked : pour de bon une performance d’une intensité remarquable. Son Elphaba n’est plus la jeune femme incomprise du premier film, mais une figure brisée, lucide et résolue. Vocalement, l’actrice impressionne par sa capacité à traduire la colère contenue, la douleur et la dignité du personnage.
Erivo évite toute grandiloquence inutile. Son jeu repose sur une économie de gestes et une expressivité du regard qui donnent au personnage une profondeur rarement atteinte dans le cinéma musical contemporain. Elle fait d’Elphaba une héroïne tragique au sens classique, consciente du prix de ses choix.
Ariana Grande, une Glinda sous tension
Ariana Grande surprend une nouvelle fois dans le rôle de Glinda. Si le premier film mettait surtout en avant son sens de la comédie et son charisme lumineux, Wicked : pour de bon révèle une facette plus sombre du personnage.
Grande parvient à exprimer le malaise intérieur de Glinda, tiraillée entre son image publique et ses doutes privés. Sa performance vocale gagne en gravité, notamment dans les numéros les plus introspectifs. Elle incarne avec justesse cette “bonne sorcière” dont la bonté devient un outil politique, parfois au détriment de sa propre conscience.
Des seconds rôles au service du récit
Le film peut également compter sur des seconds rôles solides. Jeff Goldblum compose un Magicien d’Oz à la fois charismatique et inquiétant, figure de pouvoir cynique dissimulée derrière une façade grotesque. Michelle Yeoh, en Madame Morrible, impose une présence glaçante, symbole d’une autorité froide et méthodique.
Jonathan Bailey apporte à Fiyero une ambiguïté bienvenue, incarnant un personnage pris entre loyauté personnelle et pression sociale. Ces figures secondaires enrichissent l’univers du film et renforcent sa dimension politique.
La musique comme outil narratif
La musique de Stephen Schwartz demeure l’ossature émotionnelle de Wicked : pour de bon. Les chansons, loin d’être de simples respirations spectaculaires, participent activement au récit. Certaines compositions prennent une résonance nouvelle dans ce contexte plus sombre, tandis que de nouveaux morceaux viennent approfondir la psychologie des personnages.
Jon M. Chu fait le choix de filmer les numéros de manière plus sobre, privilégiant l’émotion brute à la chorégraphie expansive. Ce parti pris renforce la cohérence du film mais pourra décevoir les spectateurs en quête de flamboyance pure.
Un Oz moins féérique, plus politique
Visuellement, Wicked : pour de bon se distingue par une esthétique plus contrastée. Les décors restent somptueux, mais les couleurs se font plus froides, les espaces plus oppressants. Oz n’est plus un terrain de jeu magique, mais un théâtre de propagande et de surveillance.
Les costumes accompagnent cette évolution, soulignant la rigidité du pouvoir et la marginalisation d’Elphaba. Le travail sur les décors physiques, combiné à des effets numériques maîtrisés, confère au film une matérialité bienvenue dans un paysage cinématographique souvent saturé d’images artificielles.
Dorothy, une présence volontairement absente
L’un des choix narratifs les plus commentés concerne Dorothy. Fidèle à la comédie musicale, le film choisit de ne jamais montrer clairement son visage. Ce parti pris renforce l’idée que Wicked n’est pas une relecture du point de vue de Dorothy, mais une remise en question du récit dominant.
Dorothy devient un symbole plus qu’un personnage, une figure instrumentalisée par le récit officiel d’Oz. Ce choix souligne l’intelligence du film, qui refuse la facilité du clin d’œil nostalgique au profit d’une cohérence thématique.
Réception critique et place dans le cinéma musical
À sa sortie, Wicked : pour de bon a suscité des réactions contrastées. Si la majorité des critiques saluent la performance des actrices principales et l’ambition du projet, certains regrettent un rythme parfois inégal et une tonalité jugée trop sombre pour un musical grand public.
Néanmoins, le film s’impose comme une œuvre singulière dans le paysage du cinéma musical contemporain. Il prouve qu’un musical peut être politique, exigeant et émotionnellement complexe sans renoncer à sa dimension populaire.
Une conclusion imparfaite mais nécessaire
Wicked : pour de bon n’est pas un film consensuel, et c’est précisément ce qui fait sa force. Jon M. Chu conclut son diptyque en refusant le confort d’une fin lisse. Le film accepte la douleur, la perte et l’ambiguïté morale comme moteurs narratifs.
Porté par des performances remarquables, une musique toujours aussi puissante et une vision politique assumée, Wicked : pour de bon s’impose comme une œuvre ambitieuse, parfois inégale, mais profondément sincère. Une conclusion qui ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à rester fidèle à l’esprit subversif de Wicked.
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Je suis Claire, critique passionnée avec un regard acéré pour les détails artistiques. Mes critiques mêlent profondeur et élégance, offrant des perspectives uniques sur les médias. Avec une plume raffinée et une compréhension fine des œuvres, je m'efforce d'enrichir le dialogue et d'éclairer les spectateurs.
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