Essaye-Moi : La Comédie Romantique Fantasque de PEF Entre Candeur Enfantine et Maladresses Narratives

Films / Publié le 24 février 2026 par Salvador
Temps de lecture : 15 minutes

Trop long à lire

Sorti en 2006 et réalisé par Pierre-François Martin-Laval, Essaye-moi est une comédie romantique française mêlant humour absurde et émotion tendre. Le film suit un inventeur excentrique qui revient dans sa ville natale pour reconquérir son amour d’enfance. Porté par une énergie burlesque héritée de la troupe des Robins des Bois et une sincérité touchante, le long-métrage assume sa fantaisie tout en explorant la naïveté et la persévérance amoureuse. Sans révolutionner le genre, Essaye-moi séduit par sa fraîcheur et son ton décalé. Verdict : une comédie attachante et singulière du cinéma français des années 2000.

Quand un Robin des Bois passe derrière la caméra

Essaye-moi est un film français réalisé par Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, ex-membre des Robins des Bois, sorti en 2006. Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, scénariste et acteur principal, PEF choisit de raconter une histoire d’amour d’enfance poussée jusqu’à l’absurde, où la promesse faite à neuf ans devient le moteur d’une vie entière.

Le film suit Yves-Marie qui, à l’âge de 9 ans, avait demandé à Jacqueline, du même âge : « Épouse-moi ». Elle lui avait répondu : « Je t’épouserai le jour où tu iras dans les étoiles ». Vingt-quatre ans plus tard, Yves-Marie est devenu cosmonaute. Il se présente à Jacqueline pour lui rappeler sa promesse. Devant l’embarras de Jacqueline, qui s’apprête à épouser un autre homme, Yves-Marie lui propose : « Essaye-moi une journée avant de dire non… »

Cette prémisse, à la fois romantique et complètement loufoque, plante le décor d’une comédie romantique atypique dans le paysage du cinéma français de l’époque. En tant que critique de cinéma, Essaye-moi représente un cas fascinant : un film profondément imparfait mais porté par une sincérité désarmante et une vision artistique singulière qui méritent d’être explorées.

Pierre-François Martin-Laval (PEF) : Du sketch à la réalisation

Pierre-François Martin-Laval, surnommé « PEF », s’est fait connaître du grand public à travers la troupe des Robins des Bois, collectif humoristique qui a marqué la fin des années 90 et le début des années 2000 avec leurs sketches décalés et leur humour absurde. Formé au Cours Florent, PEF est reconnu en France pour ses performances dans la comédie musicale mais aussi dans des pièces plus sérieuses.

Avec Essaye-moi, PEF endosse la casquette triple de réalisateur, scénariste et acteur principal. C’est un pari audacieux pour un premier film, et cette multi-casquette explique en partie les forces et les faiblesses du projet. La comédie de Pierre-François Martin-Laval est un mélange de références enfantines et cela fait de lui un personnage unique dans le paysage cinématographique français.

PEF apporte à son film une esthétique résolument enfantine, presque naïve, qui divise radicalement. Son Yves-Marie adulte est resté bloqué à neuf ans émotionnellement, collectionne les jouets, vit dans un appartement décoré comme une chambre d’enfant géante, et aborde le monde avec une candeur totale. Cette vision artistique audacieuse fait d’Essaye-moi un objet filmique étrange, quelque part entre le conte de fées pour adultes et la comédie romantique décalée.

La réalisation de PEF manque parfois de maturité technique – les transitions peuvent être brusques, le rythme inégal – mais elle compense ces maladresses par une inventivité visuelle constante. Les séquences oniriques, les transitions fantaisistes, l’utilisation de couleurs saturées créent un univers distinctif qui ne ressemble à aucun autre film français de cette période.

L’amour d’enfance porté à l’extrême

L’histoire débute dans l’enfance, lorsque le petit Yves-Marie, timide et maladroit, ose déclarer son amour à Jacqueline. La réponse de celle-ci – « Le jour où tu vas dans les étoiles, je te donne ma main » – n’était qu’une pirouette d’enfant pour se débarrasser poliment d’une demande embarrassante. Mais Yves-Marie, lui, prend cette promesse au pied de la lettre.

Vingt-quatre ans plus tard, Yves-Marie (toujours interprété par PEF) est devenu cosmonaute. Il a littéralement été dans les étoiles, ayant participé à une mission spatiale. Fort de cet accomplissement, il débarque chez Jacqueline (Julie Depardieu), désormais une femme adulte sophistiquée sur le point d’épouser Alexandre (Wladimir Yordanoff), un homme riche et établi.

Jacqueline est évidemment déstabilisée par cette apparition du passé qui vient réclamer sa promesse d’enfant. Elle ne se souvient même pas clairement d’avoir fait cette déclaration. Mais face à l’insistance candide d’Yves-Marie, elle accepte finalement de lui accorder une journée – une seule journée pour la convaincre qu’il est l’homme qu’il lui faut.

S’ensuit une série de péripéties où Yves-Marie, aidé par son entourage bienveillant (notamment son père interprété par Pierre Richard et son meilleur ami joué par Kad Merad), tente de séduire Jacqueline en organisant des rendez-vous élaborés et souvent absurdes. Chaque tentative révèle davantage le gouffre entre le monde imaginaire et enfantin d’Yves-Marie et la réalité pragmatique de Jacqueline.

Des talents au service d’un univers singulier

Au-delà de PEF lui-même, Essaye-moi bénéficie d’un casting solide qui apporte crédibilité et profondeur à cet univers fantasque.

Julie Depardieu incarne Jacqueline avec une justesse remarquable. Elle doit naviguer entre l’agacement face à cet homme-enfant qui bouleverse sa vie bien ordonnée et une tendresse émergente pour cette candeur perdue. Depardieu apporte une maturité et une complexité à un personnage qui aurait pu facilement verser dans la caricature de la femme froide qui doit « réapprendre à rêver ». Sa Jacqueline est sympathique même dans son pragmatisme, et on comprend son dilemme.

Pierre Richard, légende de la comédie française, joue le père d’Yves-Marie. Ce casting est évidemment un clin d’œil aux rôles iconiques de Richard dans les années 70 et 80, où il incarnait souvent des personnages naïfs et maladroits confrontés à un monde trop complexe pour eux. Richard apporte sa douceur caractéristique et une profondeur émotionnelle aux scènes avec PEF. La principale qualité du film est d’être plutôt bien réalisé avec une vraie volonté de faire un vrai film de cinéma, et la présence de Richard contribue grandement à cette légitimité.

Kad Merad, futur star de Bienvenue chez les Ch’tis (2008), joue ici le meilleur ami d’Yves-Marie. Son personnage offre un contrepoint de normalité à la fantaisie du protagoniste, tout en restant un complice bienveillant dans ses plans farfelus. Merad, avec son charisme naturel, apporte une énergie bienvenue et quelques-uns des moments les plus drôles du film.

Wladimir Yordanoff incarne Alexandre, le fiancé « normal » de Jacqueline. Le film évite heureusement de faire de lui un méchant caricatural. Alexandre est simplement un homme ordinaire, conventionnel, qui offre à Jacqueline une vie stable et prévisible. Cette nuance rend le conflit plus intéressant qu’un simple antagonisme.

Isabelle Nanty apparaît également dans un rôle secondaire, apportant son talent comique éprouvé à l’ensemble.

Un univers enfantin poussé à l’extrême

Ce qui distingue immédiatement Essaye-moi des autres comédies romantiques françaises de l’époque, c’est son esthétique résolument fantasque et enfantine. C’est drôle et féérique, résume bien l’ambition visuelle du film.

L’appartement d’Yves-Marie est une grotte d’Ali Baba de jouets, de figurines, de couleurs vives. Les murs sont couverts de dessins d’enfants, de posters de super-héros, d’étoiles phosphorescentes. C’est une chambre d’enfant agrandie aux dimensions d’un appartement d’adulte, une manifestation physique de la psyché du personnage.

La direction artistique utilise constamment des couleurs saturées – des bleus éclatants, des rouges vifs, des jaunes lumineux – qui créent une atmosphère de conte de fées. La photographie privilégie une lumière douce, presque irréelle, qui baigne les scènes d’une qualité onirique.

Les séquences de fantasmes d’Yves-Marie (car il y en a plusieurs) sont tournées avec une inventivité visuelle touchante. PEF utilise l’animation, les effets spéciaux simples, les transitions créatives pour nous plonger dans l’imaginaire débordant de son personnage. Ces moments, bien que techniquement modestes comparés aux blockbusters, possèdent un charme artisanal qui rappelle les films de Michel Gondry.

Cependant, cette esthétique peut aussi être rebutante. « Essaye-moi » n’est pas un mauvais film mais ce n’en est pas non plus un excellent. Il est exactement à l’image de son personnage principal : inoffensif. Certains le trouveront mignon et coloré tandis que d’autres seront exaspérés devant tant de gamineries. Cette division du public est intrinsèque au projet lui-même.

Entre romantisme et syndrome de Peter Pan

Sous ses airs de comédie légère, Essaye-moi explore plusieurs thématiques qui méritent discussion.

Le syndrome de Peter Pan : Yves-Marie incarne littéralement le refus de grandir. À 33 ans, il vit, pense et agit comme un enfant. Le film ne pathologise jamais vraiment cette condition – il la présente plutôt comme une forme de pureté préservée. Cette vision est à la fois la force romantique du film et sa limite conceptuelle. En 2006, on pouvait encore présenter ce type de personnage comme attendrissant ; aujourd’hui, on serait plus critique de cet infantilisme.

La fidélité aux rêves d’enfance : Le film pose une question simple mais puissante : que valent les promesses qu’on se fait enfant ? Devons-nous les honorer ou les considérer comme les fantaisies d’un âge révolu ? Yves-Marie représente la fidélité absolue à ses rêves d’enfant, quitte à sacrifier sa vie d’adulte. C’est à la fois touchant et profondément dysfonctionnel.

L’opposition entre pragmatisme et idéalisme : Jacqueline représente le monde adulte pragmatique – carrière, mariage convenable, sécurité financière. Yves-Marie incarne l’idéalisme pur et naïf. Le film suggère, de manière assez conventionnelle, que la vérité se trouve quelque part entre les deux, que les adultes ont besoin de retrouver une part de leur capacité d’émerveillement enfantine sans pour autant rejeter toute responsabilité.

L’amour comme quête héroïque : En devenant littéralement cosmonaute pour honorer une promesse d’enfant, Yves-Marie transforme l’amour en quête héroïque digne des contes de fées. Il a tué le dragon (en l’occurrence, vaincu la gravité terrestre) pour mériter sa princesse. Cette métaphorisation romantique de l’amour est au cœur du film.

Entre comédie et romance onirique

L’histoire est super bien écrite et nous fait retomber en enfance, selon certains spectateurs enthousiastes. Effectivement, le film réussit à créer une atmosphère d’innocence et de fantaisie qui peut être profondément touchante pour ceux qui se laissent porter.

Le ton oscille constamment entre plusieurs registres : la comédie pure (notamment dans les tentatives maladroites de séduction d’Yves-Marie), le drame romantique (les moments de doute de Jacqueline), et la fantaisie onirique (les séquences de rêve et d’imagination). Cette pluralité tonale est ambitieuse mais crée parfois des déséquilibres.

Les moments comiques fonctionnent de manière inégale. Certains gags visuels et situationnels sont véritablement drôles, exploitant le décalage entre le monde intérieur d’Yves-Marie et la réalité extérieure. D’autres tombent à plat, trop appuyés ou trop prévisibles.

Les scènes romantiques possèdent une sincérité touchante. PEF ne joue jamais son personnage avec ironie ou distance – il est totalement investi dans cette croyance enfantine en l’amour éternel. Cette absence de cynisme est rafraîchissante dans un paysage cinématographique souvent marqué par le second degré.

On se surprend à apprécier un film sans gros mots tout vilains, sans coups de pieds dans les dents qui font même pas mal, et sans scènes de sexe avec des femmes qui ne se décoiffent pas. Cette pureté presque désuète fait partie du charme du film pour certains, de sa naïveté agaçante pour d’autres.

Quand la sincérité compense les maladresses

Une comédie sympathique et assez attachante sur laquelle on passe un moment tendre ! Cette appréciation résume bien l’expérience de nombreux spectateurs qui ont su voir au-delà des imperfections techniques.

L’originalité de la proposition : Dans le cinéma français de 2006, dominé par les comédies populaires (Kad & Olivier, les Bronzés 3) et les comédies romantiques conventionnelles, Essaye-moi propose une vision décalée et personnelle qui tranche avec le conformisme ambiant.

La sincérité émotionnelle : PEF croit manifestement à son histoire. Cette sincérité transpire de chaque plan, de chaque dialogue. Le film n’est jamais cynique ou calculateur. C’est une vraie déclaration d’amour au romantisme pur.

Le charme visuel : Malgré un budget modeste, le film crée un univers visuel cohérent et mémorable. Les choix esthétiques, aussi divisants soient-ils, sont assumés et créent une identité forte.

Quelques performances solides : Julie Depardieu et Pierre Richard apportent une crédibilité et une profondeur qui ancrent le film dans une forme de réalité émotionnelle.

Des moments véritablement touchants : Lorsque le film trouve le bon équilibre entre fantaisie et émotion authentique, il crée des scènes d’une tendresse remarquable.

Les limites d’un premier film

Il manque un peu de dynamisme pour rester sans s’ennuyer tout du long, pointent certains spectateurs, et cette critique est légitime. Le film souffre de plusieurs problèmes structurels et narratifs.

Un rythme inégal : La structure de la « journée d’essai » crée des longueurs. Certaines séquences s’éternisent sans véritablement faire avancer l’histoire ou approfondir les personnages. Le film aurait bénéficié d’un montage plus serré.

Un protagoniste potentiellement irritant : Yves-Marie est un pari risqué. Son infantilisme constant peut virer à l’exaspération. Pour certains spectateurs, il n’est pas attachant mais agaçant, et cette réaction est parfaitement compréhensible. Un homme de 33 ans qui refuse toute forme de maturité n’est pas nécessairement romantique.

Des clichés de la comédie romantique : Malgré son esthétique originale, le film suit une structure narrative très conventionnelle du genre : rencontre (ou retrouvailles), obstacles, malentendu, réconciliation. Ces beats prévisibles diminuent l’impact de l’histoire.

Un développement limité des personnages secondaires : Alexandre, le fiancé rival, reste largement sous-développé. Jacqueline elle-même, au-delà de sa fonction narrative, manque de profondeur psychologique. Nous comprenons son dilemme mais pas vraiment qui elle est en tant que personne.

Une fin prévisible et un peu facile : Sans révéler le dénouement, disons que le film choisit la voie la plus attendue, celle qui satisfait le genre sans véritablement surprendre ou challenger les attentes du spectateur.

Des maladresses techniques : En tant que premier film, Essaye-moi trahit parfois l’inexpérience de son réalisateur. Certains plans sont maladroits, certaines transitions abruptes, certains choix de mise en scène discutables.

Un film clivant

Sans doute la comédie romantique la plus réussie, attachante, touchante, marrante, un merveilleux moment… un bijou, un chef d’œuvre…, s’enthousiasment certains spectateurs sur Allociné. À l’opposé, d’autres trouvent le film niais, lent et irritant. Cette division radicale caractérise la réception d’Essaye-moi.

Le film n’a pas été un succès commercial majeur lors de sa sortie en mars 2006, mais il a trouvé son public de niche – ceux qui apprécient les comédies romantiques décalées, qui ne sont pas rebutés par la fantaisie enfantine, et qui valorisent la sincérité sur la sophistication.

Sur IMDb, le film obtient une note modeste qui reflète cette division. Les critiques professionnelles ont été mitigées, saluant l’originalité de la démarche et certaines qualités techniques tout en pointant les limites narratives et la nature potentiellement rebutante du protagoniste.

Avec le recul, Essaye-moi est devenu une sorte de film culte pour certains, un plaisir coupable pour d’autres. C’est le type de film qu’on découvre par hasard un dimanche après-midi et qui nous marque par son étrangeté et sa singularité dans le paysage cinématographique français.

Une anecdote touchante : L’hommage familial

Pour l’anecdote, le père de Pierre-François Martin-Laval, Denis Martin-Laval (hélas décédé en 2013) apparaît dans le film. Le docteur Denis Martin-Laval était aussi le médecin de bord de La Calypso, il accompagna l’équipe du commandant Cousteau et participa à ses expéditions sous-marines.

Cette présence familiale ajoute une dimension personnelle et touchante au projet. On sent que ce film était important pour PEF, qu’il y a mis beaucoup de lui-même, de ses rêves, de son univers intérieur. Cette authenticité biographique transparaît et contribue à la sincérité globale de l’œuvre.

Un ovni sympathique dans le cinéma français

Essaye-moi n’est ni un chef-d’œuvre ni un désastre. C’est un premier film imparfait, parfois maladroit, porté par une vision singulière et une sincérité désarmante. C’est le type de film qu’on défend avec ses défauts, qu’on apprécie pour ce qu’il tente plutôt que pour ce qu’il réussit totalement.

PEF a créé un univers distinctif, une comédie romantique qui ne ressemble à aucune autre dans le cinéma français de l’époque. Cette originalité mérite d’être célébrée, même si l’exécution n’est pas toujours à la hauteur de l’ambition.

Pour ceux qui peuvent accepter son infantilisme assumé, sa fantaisie débridée et ses maladresses narratives, Essaye-moi offre un moment de cinéma tendre, coloré et touchant. Pour les autres, ce sera probablement une expérience irritante et longue.

Essayer « Essaye-moi », c’est finalement accepter de retomber en enfance pendant 95 minutes, de croire à nouveau aux promesses qu’on se fait à neuf ans, et de considérer que peut-être, juste peut-être, le monde a besoin d’un peu plus de cette candeur naïve. C’est un film qui ne convainc pas tout le monde, mais qui marque ceux qu’il touche.

Verdict : Une comédie romantique originale et sincère qui souffre de longueurs et d’un protagoniste potentiellement irritant, mais qui possède suffisamment de charme, d’inventivité visuelle et de moments touchants pour mériter le détour. PEF signe un premier film personnel et audacieux qui divise mais ne laisse pas indifférent. À découvrir avec un esprit ouvert et une tolérance pour la fantaisie enfantine poussée à l’extrême. Un film imparfait mais attachant, exactement à l’image de son protagoniste.

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