Temps de lecture : 6 minutes
Trop long à lire
Sorti en 2001 et réalisé par Jean-Marie Poiré, Les Visiteurs en Amérique transpose le succès français de 1993 aux États-Unis. Jean Reno et Christian Clavier reprennent leurs rôles médiévaux, projetés cette fois dans le Chicago contemporain. Le film mise sur le choc culturel et l’humour de décalage pour séduire un public international. Si l’adaptation conserve le charme de ses interprètes et propose un divertissement familial efficace, elle perd en mordant satirique par rapport à l’original. Accueilli tièdement à sa sortie, il reste aujourd’hui une curiosité intéressante sur les limites des remakes culturels transatlantiques.
Un pari transatlantique signé Jean-Marie Poiré
En 2001, après le triomphe populaire de Les Visiteurs (1993) et son immense succès en France, le réalisateur Jean-Marie Poiré décide de tenter un pari ambitieux : transposer son univers médiéval burlesque aux États-Unis. Ainsi naît Les Visiteurs en Amérique (titre original : Just Visiting), remake américain du film culte français.
Porté par Jean Reno, Christina Applegate, Christian Clavier et Tara Reid, le film ambitionne de séduire un public international en adaptant la recette comique qui avait conquis la France.
Mais cette traversée de l’Atlantique a-t-elle gardé la magie du voyage dans le temps ?


Du Moyen Âge français aux gratte-ciel de Chicago
Au XIIe siècle, le comte Thibault de Malfète (Jean Reno) s’apprête à épouser sa promise lorsque, victime d’un complot et d’un sortilège, il tue accidentellement son futur beau-père. Désespéré, il fait appel à un magicien pour réparer l’erreur. Mais la potion temporelle l’envoie, avec son fidèle serviteur André (Christian Clavier), non pas quelques heures en arrière… mais au XXIe siècle, à Chicago.
Perdus dans un monde de voitures, d’ascenseurs et de téléphones portables, les deux hommes tentent de comprendre cette époque étrange tout en cherchant un moyen de retourner au Moyen Âge. Thibault découvre alors que son héritière moderne, Julia (Christina Applegate), vit dans une société ultra-capitaliste, bien loin des valeurs féodales qu’il incarne.
Le choc culturel est total — et c’est précisément là que le film déploie son humour.
Une adaptation hollywoodienne d’un succès français
Si le scénario reprend la trame principale du film de 1993, Les Visiteurs en Amérique modifie profondément son ton. Le comique plus potache et satirique de la version française laisse place à un humour calibré pour le public américain du début des années 2000.
Jean-Marie Poiré conserve la mise en scène et l’esprit général, mais la production américaine — distribuée par Hollywood — impose un rythme différent, plus consensuel. Le résultat ? Une comédie plus lisse, moins irrévérencieuse que son modèle.
Ce choix stratégique visait à conquérir un nouveau marché. Pourtant, en voulant universaliser l’humour, le film perd une part de son identité culturelle.
Jean Reno, pilier charismatique du récit
Jean Reno incarne un chevalier noble, massif, droit dans ses bottes médiévales. Son jeu repose sur un décalage constant entre dignité chevaleresque et absurdité moderne. Sa présence apporte une vraie solidité au film.
Son accent français assumé devient un ressort comique central. Reno parvient à conserver une noblesse attachante, même dans les situations les plus burlesques.
Christian Clavier, de son côté, retrouve son registre de valet exubérant. Toutefois, l’écriture du personnage semble moins incisive que dans la version originale. L’excès comique est davantage contrôlé, presque édulcoré.
Christina Applegate apporte une fraîcheur américaine efficace, jouant l’héritière moderne avec énergie et crédibilité.
Une satire culturelle qui manque de mordant
Le film repose sur le principe du “fish out of water” : des personnages anachroniques plongés dans un environnement contemporain.
Cependant, là où la version française proposait une satire sociale plus mordante, cette adaptation américaine préfère un humour situationnel plus universel : quiproquos linguistiques, incompréhensions technologiques, maladresses physiques.
L’Amérique du début des années 2000 est montrée sous un angle caricatural mais relativement bienveillant. Le capitalisme, la modernité et l’individualisme sont évoqués, mais rarement critiqués en profondeur.
Le résultat est divertissant, mais moins audacieux.
Mise en scène et esthétique : entre Moyen Âge et modernité
Visuellement, le film oppose deux mondes : les décors médiévaux, brumeux et solennels, et les intérieurs lumineux, modernes et épurés de Chicago.
La photographie est propre, efficace, mais sans réelle signature visuelle marquante. Le montage privilégie le rythme comique plutôt que la contemplation.
La bande originale accompagne l’action sans jamais prendre le dessus. Elle soutient l’énergie générale mais ne laisse pas de thème mémorable.
Accueil critique et réception publique
À sa sortie en 2001, Les Visiteurs en Amérique reçoit un accueil critique mitigé. Aux États-Unis, le film ne rencontre pas le succès escompté. En France, les comparaisons avec l’original sont inévitables et souvent défavorables.
Beaucoup reprochent au remake d’avoir perdu l’irrévérence et l’identité culturelle qui faisaient la force du premier film. D’autres saluent cependant l’effort d’adaptation et la performance toujours solide de Jean Reno.
Avec le recul, le film apparaît aujourd’hui comme un objet cinématographique intéressant : un exemple révélateur des difficultés de transposer une comédie profondément ancrée dans une culture vers un autre marché.
Une tentative courageuse mais imparfaite
Il serait injuste de réduire Les Visiteurs en Amérique à un simple échec. Le film témoigne d’une ambition rare : exporter une comédie française vers Hollywood avec ses acteurs d’origine.
Même s’il ne retrouve pas la magie de 1993, il conserve un charme certain. Son humour accessible en fait une comédie familiale agréable.
Le film fonctionne comme une capsule temporelle des années 2000 : téléphones à clapet, esthétique post-millénaire, optimisme technologique.
Une curiosité sympathique plus qu’un classique
Les Visiteurs en Amérique n’a pas la puissance comique ni l’impact culturel de son prédécesseur. Pourtant, il demeure une œuvre attachante.
Jean Reno porte le film avec conviction. Certaines scènes de confrontation culturelle fonctionnent encore aujourd’hui. L’ensemble manque toutefois de la folie et de l’audace qui rendaient la version française inoubliable.
C’est un divertissement honnête, une tentative internationale audacieuse, mais qui n’atteint pas le statut culte.
Partager cet article :
| Sur le même sujet
| Les plus lus
Soyez le premier à réagir