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En résumé
Dans cette critique analytique, ironique et poétique, Now You See Me: Now You Don’t (2025) est étudié comme un film-spectacle obsédé par l’illusion et la vitesse. Réalisé par Ruben Fleischer, ce troisième opus retrouve les Cavaliers dans une surenchère de twists et de manipulations narratives. Si la mise en scène reste efficace et le montage virtuose, le film souffre d’une fatigue évidente de sa formule, sacrifiant l’émotion et la cohérence au profit du choc permanent. Divertissant et maîtrisé, le long métrage impressionne encore, mais peine désormais à émerveiller durablement.
Le rideau se lève encore, et le public applaudit avant même de comprendre
Il y a des franchises qui avancent à découvert, et d’autres qui préfèrent disparaître dans un nuage de fumée. Now You See Me: Now You Don’t, troisième opus de la saga entamée en 2013, appartient résolument à la seconde catégorie. Sorti en 2025, ce nouvel épisode revient avec une promesse familière : tromper le spectateur, lui faire croire qu’il a compris, puis lui retirer le tapis sous les pieds avec un sourire entendu.
Le problème, quand le cinéma devient une succession de tours de passe-passe, c’est que le public finit par regarder les mains plutôt que la magie. Réalisé par Ruben Fleischer, déjà aux commandes du second volet, Now You See Me: Now You Don’t s’inscrit dans une tradition de spectacle hypertrophié, où l’illusion n’est plus un moyen mais une fin en soi. Le film ne cherche plus tant à émerveiller qu’à maintenir une vitesse suffisante pour empêcher toute réflexion durable.
La promesse du tour parfait : toujours plus vite, toujours plus fort
Depuis ses débuts, la saga Now You See Me repose sur une idée simple et séduisante : faire du cinéma un équivalent moderne de la magie de scène. Le montage devient la diversion, le scénario une succession de faux-semblants, et le spectateur un complice volontairement manipulé.
Dans Now You See Me: Now You Don’t, cette promesse est immédiatement réaffirmée. Les Cavaliers sont de retour — Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Dave Franco, Isla Fisher, Mark Ruffalo — rejoints par de nouveaux visages censés insuffler du sang neuf à la mécanique. Le film revendique son statut de spectacle ludique, presque méta, où l’on sait d’avance que tout est truqué, mais où l’on accepte de jouer le jeu.
Sauf que la répétition a un coût. Là où le premier film séduisait par son audace et le second amusait par sa surenchère, ce troisième volet semble parfois prisonnier de sa propre formule.
Une saga bâtie sur le mensonge assumé
Ce qui distinguait Now You See Me à ses débuts, c’était son rapport décomplexé au mensonge. Le film ne prétendait jamais être réaliste ; il assumait son goût pour l’impossible, le montage manipulateur, la logique sacrifiée sur l’autel du spectacle.
Now You See Me: Now You Don’t pousse cette logique encore plus loin. Chaque scène semble conçue comme un tour indépendant, relié aux autres par un fil narratif volontairement flou. Le film ne raconte plus une histoire : il orchestre une série de démonstrations. La cohérence devient secondaire, presque accessoire.
Il y a dans cette approche quelque chose de paradoxalement honnête. Le film ne promet pas la crédibilité, seulement le vertige. Mais à force de crier “regardez ailleurs”, il finit par révéler ses propres ficelles.
Ruben Fleischer : le chef d’orchestre du chaos contrôlé
Ruben Fleischer est un réalisateur de rythme plus que de vision. Son cinéma privilégie l’efficacité, la lisibilité immédiate, l’énergie constante. Dans Now You See Me: Now You Don’t, cette signature est omniprésente.
La mise en scène est nerveuse, le découpage précis, les scènes d’action chorégraphiées avec une fluidité quasi mécanique. Mais cette maîtrise technique ne s’accompagne jamais d’une véritable audace formelle. Fleischer exécute, il ne questionne pas. Il accélère, mais ne surprend plus vraiment.
Le film ressemble à un immense numéro parfaitement répété, où chaque geste est millimétré, mais où l’improvisation — pourtant cœur de la magie — a disparu.
Le scénario, ou l’art de disparaître sous ses propres tours
Le scénario de Now You See Me: Now You Don’t repose sur une accumulation de twists, de doubles jeux et de révélations tardives. Chaque retournement est conçu pour provoquer un effet immédiat, souvent spectaculaire, parfois amusant.
Mais à force d’empiler les couches de tromperie, le récit perd de sa substance. Les enjeux émotionnels sont sacrifiés au profit de la surprise, et les personnages deviennent des pions interchangeables dans une mécanique trop bien huilée.
Le film semble constamment craindre le silence, la pause, le regard qui s’attarde. Tout doit aller vite, toujours plus vite, comme si la moindre respiration risquait de faire s’effondrer l’illusion.
Les Cavaliers : figures de l’illusion ou caricatures d’eux-mêmes
Jesse Eisenberg continue d’incarner J. Daniel Atlas avec son arrogance familière, oscillant entre génie autoproclamé et enfant capricieux. Le personnage n’évolue plus vraiment, mais Eisenberg conserve un sens du rythme verbal qui sauve certaines scènes.
Woody Harrelson, fidèle à lui-même, injecte une énergie burlesque bienvenue, jouant avec son image de manipulateur désabusé. Dave Franco et Isla Fisher remplissent leurs fonctions sans éclat particulier, tandis que Mark Ruffalo tente de conserver une gravité que le film s’emploie à saboter à chaque instant.
Les nouveaux personnages, bien que prometteurs sur le papier, peinent à exister autrement que comme des outils scénaristiques. Ils incarnent moins des individus que des fonctions narratives.
Montage et photographie : le cinéma comme distraction permanente
Visuellement, Now You See Me: Now You Don’t est un film brillant, presque trop. La photographie est lisse, élégante, sans aspérité. Le montage, véritable colonne vertébrale du film, devient un instrument de manipulation assumé.
Chaque coupe est pensée pour détourner l’attention, chaque transition pour masquer l’artifice. C’est un cinéma qui refuse frontalement la transparence, préférant le vertige à la contemplation.
Mais cette stratégie a un effet pervers : à force de détourner le regard, le film finit par ne plus rien montrer.
La musique, ou l’illusion sonore
La bande originale accompagne efficacement le récit, soulignant les moments de tension et de révélation. Elle agit comme un rideau sonore, masquant les failles du scénario tout en amplifiant l’impression de mouvement constant.
Là encore, l’efficacité prime sur la mémoire. Une fois la séance terminée, il ne reste aucune trace sonore, aucun motif capable de rappeler le film autrement que comme une expérience globale et indistincte.
Le spectateur comme complice fatigué
L’un des grands thèmes implicites de Now You See Me: Now You Don’t est la relation entre le film et son public. Le spectateur est constamment pris à partie, invité à croire, puis à douter, puis à se réjouir d’avoir été trompé.
Mais après trois films, ce jeu commence à montrer ses limites. Le public n’est plus naïf. Il attend le twist, anticipe la révélation, soupçonne chaque image. Le film le sait, et tente d’aller toujours plus loin dans la surenchère, au risque de l’épuisement.
Spectacle, franchise et fatigue du twist
Now You See Me: Now You Don’t est emblématique d’un certain cinéma de franchise contemporain : celui qui confond surprise et accumulation, virtuosité et saturation.
Le film ne manque ni de moyens, ni de talent technique. Il manque d’un regard neuf, d’une remise en question de sa propre formule. À force de vouloir prouver qu’il peut encore surprendre, il oublie de se demander pourquoi il le fait.
Réception critique et regard du public
À sa sortie, le film a suscité une réception critique partagée. Si certains saluent son efficacité et son sens du spectacle, beaucoup pointent une fatigue évidente du concept et une surenchère qui finit par nuire à l’impact émotionnel.
Le public, fidèle à la franchise, répond présent, appréciant le divertissement pur et l’énergie déployée, sans nécessairement exiger davantage.
Quand la magie révèle ses ficelles
Now You See Me: Now You Don’t est un film honnête dans sa tromperie, généreux dans son spectacle, mais prisonnier de ses propres tours. Il amuse, il impressionne parfois, mais il ne surprend plus vraiment.
Comme un magicien qui répète le même numéro devant un public averti, le film continue de faire illusion — mais l’émerveillement s’estompe. Il reste un divertissement solide, calibré, efficace, mais aussi le symptôme d’un cinéma qui préfère la vitesse à la trace, le mouvement à la mémoire.
La magie opère encore, certes. Mais on commence sérieusement à regarder sous la table.
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