Quand les Ailes se Prennent les Pieds : Anges & Cie (2025), ou la Comédie Fantastique qui Flirte avec l’Aurore

Films / Publié le 13 janvier 2026 par Jeanne
Temps de lecture : 7 minutes

En résumé

Dans cette critique, Anges & Cie (2025) est examiné comme une comédie fantastique française au potentiel séduisant mais inégalement exploité. Réalisé par Vladimir Rodionov, le film met en scène des anges chargés de manipuler les sentiments humains, entre satire céleste et romance terrestre. Porté par l’énergie d’Élodie Fontan et le comique de Romain Lancry, le long métrage amuse par instants mais manque d’audace visuelle et narrative. Divertissant sans être marquant, Anges & Cie reste une œuvre sympathique, légère, et vite oubliée.

Pourquoi Anges & Cie Était Attendu

Anges & Cie, comédie française sortie le 7 mai 2025, a débarqué dans les salles avec la promesse d’une romance fantastique saupoudrée d’humour et de philosophie légère sur nos vies invisibles. Réalisé par Vladimir Rodionov et co-écrit avec Romain Lancry, le film met en scène des anges gardiens chargés d’interférer dans le destin de deux humains afin de les empêcher de tomber amoureux — concept à la fois léger et chargé d’ironie cosmique.

Pour un paysage cinématographique français souvent timoré, confier la réalisation à Rodionov — connu davantage pour ses collaborations comiques que pour des envolées fantastiques — relevait à la fois de l’audace et d’une certaine forme de pari sur l’inattendu. Cette prémisse, qui oscille entre la farce spirituelle et la comédie sentimentale, aurait pu nourrir une réflexion profonde sur le libre arbitre et le déterminisme… mais la chute du film se situe à mi-chemin entre la métaphore légère et le divertissement sans grande gravité.

Au-Delà des Nuages : Le Postulat Fantastique en 1h31

Dans l’univers de Anges & Cie, des entités invisibles — nos anges gardiens — veillent sur nous dans une bureaucratie céleste où les promotions sont aussi palpables que les ambitions humaines. Raphaëlle (Élodie Fontan), aguerrie et ambitieuse, et Gabriel (Romain Lancry), fainéant notoire, sont contraints de s’unir pour empêcher Paul (Julien Pestel) et Léa (Shirine Boutella) de retomber amoureux, au risque de perdre leurs statuts respectifs au paradis ou de finir sur Terre pour l’éternité.

Ce postulat, qui oscille entre l’absurde et le métaphysique, aurait pu devenir un objet filmique gonflé de sens. Hélas, le traitement se concentre ici sur une forme de comédie légère, volontairement désinvolte, laissant le spectateur entre rire et perplexité, comme si les intentions célestes du récit étaient parfois plus spirituelles qu’artistiques.

Quand le Fantastique Frôle le Quotidien

Photographié par Antoine Monod et mis en scène sans effets spéciaux extravagants, Anges & Cie privilégie une esthétique qui frise parfois le télévisuel plus que le cinéma à grand envol. Le cadre demeure essentiellement terrestre, ancré dans des décors contemporains que nous reconnaissons mais qui, paradoxalement, peinent à soutenir l’univers fantastique annoncé.

L’ambition de mêler romantisme, comédie et facétie surnaturelle s’enivre souvent de ses propres ailes : on sent la volonté de créer des images légères, rythmées et engageantes, mais le film manque parfois du souffle nécessaire pour transcender son matériau. On rit, certes, parfois aux éclats, mais il reste souvent l’impression d’un potentiel non pleinement réalisé.

Des Acteurs Célestes… ou Presque

Sur l’échiquier des performances, Élodie Fontan brille par son énergie solaire et sa fantaisie contenue. Elle trouve dans Raphaëlle une partition joyeusement nuancée, entre l’efficacité professionnelle et une ironie douce-amère face aux absurdités célestes. Romain Lancry, en Gabriel déjanté, incarne une fragilité comique qui s’accorde parfaitement à sa nature d’ange déchu sur le fil du rasoir — et souvent, du bon côté du rire.

Le reste du casting — de Julien Pestel à Shirine Boutella, en passant par des apparitions de François Berléand ou Zabou Breitman — injecte une vivacité bienvenue dans un récit parfois trop sage pour l’ironie qu’il prétend cultiver. Toutefois, malgré ce talent éparpillé, certains personnages secondaires restent esquissés, comme des silhouettes de fumée oubliées par l’aube.

Une Plume qui Perd ses Ailes

La longueur du film — 1 h 31 — pourrait être un atout pour une comédie condensée et rythmée, mais Anges & Cie oscille entre éclats humoristiques réussis et moments narratifs où le tempo s’essouffle. Dans certaines séquences, l’humour fuse avec bonheur et inven­tion, notamment lorsqu’il s’agit des dynamiques entre anges, mais ces moments restent trop sporadiques, comme des étoiles filantes dans une nuit trop claire.

Le scénario, co-écrit par Rodionov et Lancry, parfois inspire des dialogues piquants et des situations cocasses, mais d’autres fois il se contente du convenu, voire du déjà-vu dans le registre de la comédie romantique française. Le ton demeure léger, souvent drôle, mais il manque une tension narrative qui aurait pu élever l’ensemble vers une comédie plus marquante.

L’Ambiance en Demi-Teinte

La musique, composée par Baptiste Lagrave, accompagne le film avec une douce légèreté, mais jamais avec l’intensité émotionnelle que suggère son postulat fantastique. Là encore, c’est l’élégance timide qui domine : une ambiance feutrée, délicate, parfois suspendue, mais rarement transcendante.

Cette direction sonore — tout comme la mise en scène — se plie à une esthétique conviviale, sans vouloir briser les chaînes de la prévisibilité. Ainsi, la musique soutient l’ensemble sans jamais solliciter une immersion plus profonde, laissant l’audience flotter à la surface de l’histoire plutôt que de la pénétrer.

L’Amour, le Destin et l’Ironie de l’Existence

Au-delà de sa façade légère, Anges & Cie joue avec des idées séduisantes : la liberté contre la destinée, le poids du destin versus le chaos de l’amour. Ces thèmes, bien que présents, ne sont pas toujours explorés avec la profondeur qu’ils méritent. Ce choix narratif — qui privilégie le divertissement immédiat plutôt que la réflexion durable — est à la fois une force et une faiblesse.

On rit, on sourit, sans doute. Mais au sortir de la salle, tout comme ses propres figures célestes, le film s’efface rapidement de la mémoire, laissant derrière lui un halo agréable mais fugitif.

Entre Enthousiasme et Réserves

Les retours du public sont globalement positifs, avec une note qui se situe autour de la moyenne mais souvent teintée de compliments pour la fraîcheur du casting et le plaisir de la comédie feel-good. La presse, elle, s’est montrée plus mitigée : certains critiques saluent l’originalité de l’idée et l’énergie des comédiens, tandis que d’autres pointent un manque de profondeur et d’audace dans la mise en scène et l’écriture.

Anges & Cie dans le Panthéon des Comédies Fantastiques Françaises ?

Ce film, malgré quelques instants de grâce et d’authentique drôlerie, ne parvient pas toujours à décoller vers des sphères plus audacieuses. Son ironie est souvent légère plutôt que mordante, sa poésie discrète plutôt que bouleversante. En cela, il reste une comédie sympathique, parfois inventive, mais rarement inoubliable — une comète agréable plutôt qu’une étoile fixée dans le ciel du cinéma français contemporain.

Entre Nuages et Lumière

Anges & Cie est comme une prière sur le bout des lèvres : sincère, légère, parfois délicieusement drôle, mais incapable d’atteindre le sublime. C’est un cinéma qui se laisse regarder, qui chatouille doucement l’esprit, mais qui jamais ne vous emporte totalement dans son ciel d’idées. Peut-être est-ce là même la leçon — que l’essence de la comédie réside moins dans le vol que dans la chute rieuse qui suit chaque tentative d’envol.

À l’image de ses anges imparfaits, le film ne touche pas les cimes, mais il atterrit avec grâce. Et dans un monde saturé d’œuvres prétentieuses, une telle humilité peut parfois valoir plus que des ailes dorées.

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